Je sais peu de chose de Ljubisa Danilovic. Je sais qu’il était célibataire, ouvrier, en bonne condition physique et mentale. Il savait lire et écrire et n’avait jamais fait de prison. Il n’était ni anarchiste ni polygame. Du moins, c’est ce qu’il a déclaré. Je sais qu’il est parti à l’age de 19 ans avec dix-sept dollars en poche. En février 1906, il a quitté Niksic, petite ville enclavée de son Monténégro natal, pour traverser cette partie de l’empire austro-hongrois qui ne deviendra la Yougoslavie que douze années plus tard. Arrivé à Trieste, il s’est engouffré dans la cale du « Georgia » qui s’en est allé les bazarder, lui et tant d’autres, au pied du nouveau monde.

Qu’a-t-il fait à New York ? Aucune idée. C’est à Trieste que j’ai décidé de perdre sa trace, bien moins intéressé par ce qu’il a trouvé là-bas que par ce qu’il a laissé derrière lui.

Mon travail parle d'exil, de déracinement, d'abandon et de perte d’identité. Il évoque tour à tour la vie difficile et l'ennui qui poussent au départ, le rêve d’exotisme et l'espoir d'une vie meilleure. Mes photographies disent aussi l'envie de fuir une région depuis longtemps marquée par la violence des hommes et, dans le même temps, font pressentir la crainte de n'être plus chez soi nulle part, le caractère irréversible de toute migration.



Ljubisa Danilovic
Je sais peu de chose de Ljubisa Danilovic. Je sais qu’il était célibataire, ouvrier, en bonne condition physique et mentale. Il savait lire et écrire et n’avait jamais fait de prison. Il n’était ni anarchiste ni polygame. Du moins, c’est ce qu’il a déclaré. Je sais qu’il est parti à l’age de 19 ans avec dix-sept dollars en poche. En février 1906, il a quitté Niksic, petite ville enclavée de son Monténégro natal, pour traverser cette partie de l’empire austro-hongrois qui ne deviendra la Yougoslavie que douze années plus tard. Arrivé à Trieste, il s’est engouffré dans la cale du « Georgia » qui s’en est allé les bazarder, lui et tant d’autres, au pied du nouveau monde.

Qu’a-t-il fait à New York ? Aucune idée. C’est à Trieste que j’ai décidé de perdre sa trace, bien moins intéressé par ce qu’il a trouvé là-bas que par ce qu’il a laissé derrière lui.

Mon travail parle d'exil, de déracinement, d'abandon et de perte d’identité. Il évoque tour à tour la vie difficile et l'ennui qui poussent au départ, le rêve d’exotisme et l'espoir d'une vie meilleure. Mes photographies disent aussi l'envie de fuir une région depuis longtemps marquée par la violence des hommes et, dans le même temps, font pressentir la crainte de n'être plus chez soi nulle part, le caractère irréversible de toute migration.



Ljubisa Danilovic